Du régal pour les vautours

 

affiche film

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 DU RÉGAL POUR LES VAUTOURS – Un film de Alexandre Barry

Résumé

Le film nous entraîne dans une dérive au cœur du travail, de la vie, de Claude Régy.

Les yeux ouverts dans la nuit, des visions surgissent. Lieux, visages, souvenirs et réminiscences remontent à la surface comme des fragments de miroirs superposés.

À Paris, au Japon, en Corée, en Norvège, Claude Régy partage les lueurs entrevues lors de son long voyage. Une aventure en zones inexplorées commencée il y a plus de soixante ans.

 

Durée : 67’ 16/9 Stéréo – Versions : Francaise / Sous-titres anglais.

Avec : Mikoto, Tsuyoshi Kigima, Asuka Fuse, Akiko Uchino, Yoji Izumi, Miki Takii – membres de la troupe du Shizuoka Performing Arts Center, Yann Boudaud, Nishan Moumdjian, Olivier Bonnefoy

Réalisation, image : Alexandre Barry

Montage, son, images additionnelles, collaboration artistique : Adrien Faucheux

Montage son : Nicolas Guadagno

Mixage : Émilie Canini

Etalonnage : Graziella Zanoni

Un film produit par Michel David – © Zeugma Films – 2016

 

 

Capture d’écran 2016-05-13 à 14.25.08

 

Présentation

 

T’INVENTER TEL QUE TU ES

 

 Comment mettre en scène une pensée en mouvement, la tienne, son évolution dans le temps, son unicité et sa complexité ? Comment ne pas la dissocier de ton corps, de la présence physique de ton être ?

 J’ai cherché comment m’approcher de ce lieu si mystérieux, si secret, qui est la source commune de la parole et du geste, aussi minimalistes soient-ils. Les films précédents que nous avons faits ensemble m’ont permis d’avancer vers ce que nous avons atteint avec ce film là, permis de progresser vers le cœur de ton cœur et du mien, permis de m’affranchir du commun de l’objectivité. J’ai l’impression par le passé d’avoir réalisé des films sur un metteur en scène qui pense son art et je suis heureux qu’ils existent et qu’ils circulent.

Mais cet ultime chapitre, c’est ton portrait au présent. Tu penses avec sérénité aux vautours qui dévoreront ton cadavre, tu y rattaches la spiritualité panthéiste du shintoïsme. Les mots se raréfient parfois mais coulent comme un sang noir quand tu parles de ta prochaine création – Rêve et folie de Georg Trakl.

J’ai l’impression de t’avoir filmé comme si j’étais moi-même aux rebords de l’abîme.

 Si tu es inadapté au monde c’est parce que tu es absolument indissociable de ce que tu fais, malaxé sans relâche par le travail qui s’opère en toi autant que sur le plateau. Tu sais que ne tu ne peux trouver une forme d’existence viable que dans ce mouvement, ce vertige qui t’emporte. Tu en acceptes les sacrifices nécessaires. Tu paies le prix de cet engagement, de cette exigence absolue.

Tu ne peux faire autrement. Il en va du respect que tu accordes aux auteurs, à tes partenaires de travail, au public et à toi-même.

 J’avais d’abord imaginé un film qui mêlerait différents matériaux tournés au cours des dix dernières années. Des extraits de tes spectacles, des entretiens au long cours que nous avons maintes fois prolongés, des images réalisées lors des longues tournées, des séances de répétitions…

Je pensais, et tu étais d’accord, que je mènerai à bien ce film plus tard, un jour…comme on dit. La vie en a décidé autrement, le film est devenu pour moi une nécessité violente et tu t’es offert sans surveillance à ce travail. À partir de là, dans un désir sans doute plus radical, et pour me délester du poids de ces matériaux anciens, j’ai voulu tout effacer et j’ai commencé à te filmer au présent, t’accompagnant à peu près partout, chez toi et à travers le monde, au Japon, en Scandinavie où nous nous rendions pour travailler. Des lieux évocateurs de ton travail, des auteurs et des cultures qui ont nourri ton imaginaire.

 Seul l’instant présent m’intéressait.

 J’ai vite senti que chez toi ce présent incluait le passé et le futur sans distinction, que ces temps imbriqués inventaient une sorte de permanence sans repère. C’est dans cette zone infinie de calme que tu rêves ta vie. Le film est donc tissé d’images tournées uniquement ces deux dernières années. Les images de certains de tes acteurs, ceux que tu aimes et avec lesquels tu as tant partagé agissent comme des fantômes venant te saluer, sans parole, loin de toute réalité tangible. Les lieux où tu évolues agissent comme des visions réminiscentes des paysages que tu as traversé et qui t’ont inspiré.

 Je sentais par instinct que seule ta voix off – son intensité quand elle est reliée à un centre de gravité sensible – pourrait irriguer le film. Nous avons pourtant réalisé de longues heures d’entretiens dans la pénombre des après-midi d’hiver, et c’est à partir de ce matériau fleuve que le filmage s’est amorcé, que l’écriture du film s’est inventée. Je t’ai proposé ensuite de retravailler, de réécrire ces entretiens, d’en réduire les scories de l’oralité. Tu les a condensés, précisés et élagués jusqu’à l’os. Puis, tu les as lus, j’ai enregistré, en te dirigeant comme un acteur qui dit ses propres mots.

 Il fallait s’éloigner du ton de la lecture pour retrouver celui d’une parole qui s’invente, sa fragilité, son incertitude, son intériorité et son émotion. Pour que là aussi « les mots puissent libérer une matière silencieuse bien plus vaste que les mots ». Je crois que c’est là, dans les strates de cette matière impalpable que quelque chose du cinéma peut se mettre à trembler.

Au final, je n’ai utilisé à peine qu’un vingtième de ces enregistrements. Ensuite, l’écriture s’est révélée au montage. Comme souvent, grande difficulté à trouver un équilibre entre profusion et restriction, celles de tes mots et de tes silences, de ton impudeur et de ton secret, de ta conscience et de ton inconscience ; du rythme et du flottement, du formulé et de l’implicite. Pour paraphraser Bresson, j’aurais aimé t’inventer tel que tu es.

 Je suis un autodidacte. La seule formation que j’ai reçue dans ma vie est celle que tu m’as offerte. D’abord comme spectateur, puis comme assistant, et comme collaborateur. Il se trouve que tu es un metteur en scène qui utilise un vocabulaire de cinéma: ralentis, gros plans, travelling, fondus au noir, séquences…Une différence essentielle existe malgré tout entre ton travail et la majorité du cinéma d’aujourd’hui, ton travail se situe aux antipodes du réalisme que tu as toujours ressenti comme réducteur et fallacieux.

 Après vingt années d’échanges et d’études je me sens encore en formation et souhaite qu’elle se prolonge le plus longtemps possible. Il serait si facile de croire à ce que l’on sait. C’est dans cette acceptation et non dans un rejet faussement émancipateur que j’ai senti une ouverture pour trouver mon chemin. Toujours apprendre, toujours me sentir à la lisière de l’illégitimité, c’est mon moteur pour avancer. Ton influence sur mon travail est majeure, davantage que celles des cinéastes que j’admire. Parce qu’il n’a jamais été question d’Art, mot que tu estimes galvaudé. Il n’a toujours été question que de s’ouvrir à la lumière.

 Comment vingt années pourrait-elles suffire pour appréhender le mystère d’un être qui apparaît et évolue dans un espace, pour trouver la justesse d’une lumière ou d’un cadre, pour faire vibrer un texte et l’infini de ces prolongements, pour ne pas reproduire, ne pas imiter et oublier tout savoir faire ?

 Une chose, pourtant, me semble comprise: ne rien entreprendre si sa propre vie n’est pas en jeu.

 Dans ce film, les yeux ouverts dans la nuit, tu nous emmènes dans un voyage mental, une dérive intérieure où tout se rejoint et se confond, au ralenti. Surtout, surtout ne rien clarifier.

 Créer, comme tu le fais depuis soixante ans, c’est peut-être ça : s’aventurer – comme un enfant doué d’un savoir indéchiffrable – vers des territoires inexplorés.

 

Avant de poursuivre son chemin solitaire dans la profonde obscurité.

 

 

 

Capture d’écran 2016-05-11 à 12.31.20

Biographie

Alexandre Barry est né le 14 août 1969.

Après des études d’art dramatique, il s’installe à Paris en 1990 et étudie auprès de Claude Régy dont il devient l’assistant.

La découverte fondamentale que fût pour lui l’œuvre d’Ingmar Bergman l’amène à réaliser, en 1996, son premier film, À la recherche d’Erland Josephson, portrait de l’acteur et écrivain suédois Erland Josephson.

Cette rencontre donne naissance à trois autres films consacrés à l’artiste suédois : Erland Josephson, Proche en 2001, Liv Ullmann & Erland Josephson, Parce que c’était eux en 2004 et Erland Josephson, Lointain secret en 2007. Ces quatre films rassemblés sous le titre Erland, Le seul visage dessinent un portrait d’artiste hors-normes, constitué de quatre films d’une heure, réalisés sur une période de douze ans.

De 2003 à 2016 il réalise une trilogie consacrée au travail et à la personnalité du metteur en scène Claude Régy. Claude Régy, Par les Abîmes en 2003, Claude Régy, la brûlure du monde en 2005 et Du régal pour les vautours en 2016.

D’autres films, d’autres visages jalonnent son parcours, parmi lesquels: Bulle Ogier, Présence non identifiable en 2006, Jan Fabre, chevalier du désespoir en 2007.

En 2011, il réalise son premier long métrage, tourné aux États-Unis, Good Luck On The Road – Solo Pour Robert Frank

En 2012, il réalise Brume de dieu, adaptation filmique du spectacle de Claude Régy Brume de dieu, d’après Les oiseaux de Tarjei Vesaas.

En 2014, Tout seul avec mon cheval dans la neige, long-métrage documentaire en hommage à l’artiste Axel Bogousslavsky

En 2016, il réalise Du régal pour les vautours, film consacré à Claude Régy dont il est – en parallèle de ces activités de cinéaste – collaborateur artistique permanent depuis 1995. Créations théâtre et opéra, recherche et enseignement.

 

 

Capture d’écran 2016-04-11 à 12.37.45

Filmographie complète

 

 Du régal pour les vautours  2016 / Documentaire expérimental  66’ © Zeugma Films

 

Ne vous inquiétez pas il va faire nuit  2016 /  8’ © SIMER / JKL

 

Tout seul avec mon cheval dans la neige, Axel Bogousslavsky

2013 / Documentaire 70’ ©Les films du Tamarin / Cine+

 

Brume de dieu  2012 / Fiction 95’ ©LGM Télévision – Les Ateliers contemporains

 

Good luck on the road – solo pour Rober Frank    2011 / Fiction 72’  ©Local Films

 

 Mes rêves défaits   2009 / Fiction 120’  ©SIMER / Les Ateliers Contemporains

 

Homme sans but   2008 / Teaser 8’  ©Les Ateliers contemporains / SIMER

 

Erland Josephson, Lointain Secret    2007 / Documentaire 59’  ©VAB / DFM

 

Jan Fabre, Chevalier du désespoir    2005 / Documentaire 26’   Arte

 

Liv Ullmann & Erland Josephson, parce que c’était eux   

2004 / Documentaire 59′ © Point du jour

 

Bulle Ogier, Présence non identifiable  2004 /Documentaire 22’ Arte

 

Claude Régy, la brûlure du monde    2005 / Documentaire  58′ © Local films

Erland Josephson, Proche    2002 / Documentaire 58’ ©Parma Pistola

 

À la Recherche d’Erland Josephson  1996 / Documentaire 52’ ©IO Productions

 

 

 

Capture d’écran 2016-05-04 à 14.06.11

 

 

Photos & texte © Alexandre Barry – SIMER

 

 

 

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